Le Chiromani passé, présent, futur

3782 fois

Le Chiromani passé, présent, futur - Vivre Mayotte Magazine Photos: Franco Di Sangro

Il façonne le quotidien des Mahoraises et des Comoriennes, le chiromani est un tissu incontournable dans la culture de l'archipel.

Vêtement traditionnel anjouanais, il est aujourd'hui l'objet d'une créativité débordante. Transformé en chemises ou en robes, nombreuses sont les déclinaisons possibles de ce bout de tissu à première vue banal et pourtant riche d'histoire et de traditions.


A la boulangerie, au marché ou à la Poste, il n'y a pas un endroit à Mayotte où on ne peut pas croiser une boueni arborant le fameux chiromani. Déposé sur leurs épaules, il accompagne souvent un accoutrement plus classique composé d'un body et d'une jupe. Les jeunes femmes quant à elles le portent parfois pour cacher une tenue plus légère.

 

Le Chiromani  - tradition Mayotte
Pourtant l'usage de cette nappe est plutôt à caractère traditionnel. Lors des mariages, il n'est pas rare de voir les convives féminins de porter fièrement cette tenue rivalisant ainsi de couleurs et motifs en tout genre. Quand, le chiromani a d'abord émergé à Anjouan il y a plusieurs décennies, il était bicolore et n'associait que le rouge et le blanc à l'origine. Composé de 6 carreaux sur lesquels sont représentés divers symboles comme celui du girofle, le jasmin, l'ylang pour les fleurs ou ceux du jeu de cartes (trèfle, carreau, pique et coeur). "A l'époque où la polygamie était encore très répandue, les femmes portaient le chiromani pour être la plus belle aux yeux de leur mari", raconte Amina Housseine Dahalane, couturière et propriétaire de la boutique Assul à M'tsapéré. Néanmoins, ce tissu se portait et se porte encore pour certaines, comme un voile.


L'artisanat a cédé face à la production industrielle venant d'Asie
Rapidement, la mode s'est répandue dans les trois îles voisines. Fabriqué artisanalement il y a encore quelques années, la production industrielle en provenance d'Asie s'est imposée au détriment de la qualité du tissu. Composé de coton, à l'origine il est conçu pour durer des années "mais à présent, ils ne font pas 6 mois", s'indigne Amina Housseine Dahalane. La délocalisation a contribué à baisser les prix (entre 8 et 15 euros l'unité) mais à dégrader la qualité du produit. "Il n'y a pas d'unité de production aux Comores comme pour le wax un autre tissu africain qui est produit à présent, en Hollande", compare la couturière. Le but pour Amina Housseine Dahalane seraient donc, de relancer une fabrication de qualité mais à l'heure actuel difficile voire impossible de trouver une production locale et/ou artisanale de ce type de pièce.


En attendant, les producteurs indiens qui inondent le marché comorien et mahorais en chiromani de premier prix viennent régulièrement à Mutsamudu à Anjouan pour s'inspirer des motifs créés par les Anjouanaises. "Là-bas, les femmes ont un don artistique reconnu", souligne la couturière. Mais si le chiromani est principalement porté par les femmes, il n'est pas rare que des stylistes détournent le tissu de son usage originel puisque certains n'hésitent pas à le récupérer pour confectionner des robes ou des jupes. Certains vont même jusqu'à réaliser des chemises pour homme. Preuve que traditions et modernités riment ensemble. Les créations originales sont par ailleurs susceptibles d'intéresser une clientèle à l'extérieur des îles de la lune. C'est en tout cas le souhait d'Amina Housseine Dahalane qui a pour projet de séduire les marchés occidentaux avec ce tissu. Transformable à l'infini, il a quoi qu'il en soit encore de beaux jours devant lui.


Gauthier Dupraz

Publié par Vivre Mayotte

Vivre Mayotte

À propos de Vivre Mayotte

VM, le magazine feminin de la mode, de la beauté et de toute l’actualité des femmes Mahoraise

Commentaires (0)

Aucun commentaire
Login to post comments