L'évolution de la tenue traditionnelle mahoraise

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L'évolution de la tenue traditionnelle mahoraise - Vivre Mayotte Magazine

Le salouva, tenue traditionnelle des femmes mahoraises, est encore très porté à l'heure actuelle. Les hommes en revanche, ont opté depuis longtemps pour une tenue à l'occidentale, sauf lorsqu'ils se rendent à la mosquée. Moanecha Hariti, styliste de haute couture, a accepté de nous décrire l'évolution de la tenue traditionnelle mahoraise au fil du temps. Explications.


Lorsque les touristes ou les expatriés se rendent pour la première fois à Mayotte, ils sont souvent éblouis par les salouvas aux mille couleurs portés par les femmes. Davantage encore le vendredi, où même celles qui ont opté pour la tenue occidentale, sortent en ce jour de grande prière leurs plus beaux salouvas. Pour aller à la mosquée, les hommes revêtent quant à eux le kandzou (ou gondroua), grande robe ample similaire au boubou, et le kofia, couvre-chef porté traditionnellement par les hommes musulmans.

La tenue traditionnelle des femmes

 Tenue mahoraise | Vivre Mayotte Magazine Le salouva est le vêtement de la femme mahoraise par excellence. Il se compose de 2 parties : une grande pièce de tissu cousue sur un côté que la femme enfile et attache, la plupart du temps, au-dessus de la poitrine, et le kishali, châle porté sur la tête ou sur les épaules. Ce dernier n'a pas de connotation religieuse, mais a uniquement une valeur culturelle. Sous le salouva, les femmes portent en général un body près du corps et un jupon ou une shimizi, robe sans manche en cotonnade légère.
En période de crise, lorsque les gens n'avaient pas suffisamment de moyens pour s'acheter du tissu, les femmes utilisaient beaucoup la toile de jute ou la toile écrue pour s'habiller. C'était un simple carré de tissu qu'on attachait élégamment afin d'en faire un bustier. Ce tissu rustique était parfois recyclé à partir du tissu des sacs de riz.
Si à l'heure actuelle quelques rares femmes vivant en brousse portent encore ces vêtements rustiques, la plupart d'entre elles ont désormais suffisamment de moyens pour s'acheter du tissu en coton. Au début du 19ème siècle, Mayotte a commencé à importer des tissus venus d'Orient ou de Madagascar. Le nambawani, tissu de coton imprimé très à la mode aux Comores, a notamment beaucoup de succès à Mayotte. Dans les années 80, une étoffe plus légère et luxueuse, appelée la megaline, a été introduite sur l'île aux parfums. La broderie, art très prisé des Mahoraises à l'heure actuelle, n'a quant à lui été introduit que très récemment sur l'île, il y a à peine plus d'une dizaine d'années. Les salouvas brodés sont en général réservés aux grandes cérémonies comme les mariages.


Beaucoup de Mahoraises rehaussent l'élégance de leur tenue par un masque de beauté sur le visage appelé mzinzano. Il est obtenu en mélangeant dans l'eau le koalin (argile blanche) avec de la poudre de bois de santal obtenu en frottant ce bois sur une pierre de corail. Le mzinzano peut être porté uni sur le visage, mais certaines femmes choisissent de faire des dessins avec ce qui rehausse son caractère esthétique. Le mzinzano sert également à purifier la peau et à se protéger du soleil.
Avec l'entrée de Mayotte dans le monde moderne, beaucoup de jeunes femmes choisissent désormais de porter des tenues occidentales. La plupart gardent néanmoins le kishali qui fait alors figure d'accessoire de mode d'autant plus qu'il est confectionné dans des tissus de plus en plus délicats et colorés comme ceux servant à confectionner les saris indiens. Presque toutes ressortent néanmoins leur salouva le vendredi, jour sacré chez les musulmans.

La tenue traditionnelle des hommes

Tenue mahoraise | Vivre Mayotte MagazineSi les hommes mahorais ne portent plus de tenue traditionnelle que pour aller à la mosquée, il fut un temps où ils possédaient eux aussi leur tenue traditionnelle. Elle se composait d'une pièce de tissu qui leur couvrait les jambes, un peu à la manière d'une longue jupe. Afin de pouvoir se mouvoir plus facilement, et pouvoir grimper plus facilement aux arbres pour la cueillette des fruits, certains hommes attachaient ce tissu de manière à ce qu'il forme une sorte de grand caleçon. Cette manière d'attacher le tissu se nommait "mkototo". En haut, les hommes demeuraient traditionnellement torse nu, mais les plus jeunes portaient parfois un tissu en haut appelé le "chilala".
Le kandzou et la kofia sont quant à eux des habits traditionnels portés pour aller à la mosquée et à l'occasion des cérémonies religieuses.

Une tradition à préserver

A l'heure actuelle, seule la tenue traditionnelle féminine a survécu à l'entrée de Mayotte dans la modernité. Elle est cependant moins portée qu'auparavant, surtout par les jeunes femmes qui sont de plus en plus influencée par le modèle occidental. Pour les cérémonies comme le mariage, l'Inde et Doubaï ont également une grande influence et Moanecha nous confie qu'il y a quelques années, la plupart des jeunes femmes choisissaient de s'habiller en sari lors de leur mariage. Heureusement, certaines stylistes, comme Moanecha hariti, s'évertuent encore à préserver la tradition en créant des tenues qui s'en inspire tout en étant plus modernes. "La manière de se vêtir fait partie de notre identité mahoraise et il est important de la préserver tout en la faisant évoluer pour s'adapter à l'époque dans laquelle nous vivons.", affirme-t-elle avec sagesse.

 


Nora Godeau

Publié par Vivre Mayotte

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