Il était une fois... Les chatouilleuses

5520 fois

Il était une fois... Les chatouilleuses - Vivre Mayotte Magazine

Au début des années 60, dans le cadre de la loi d’autonomie interne, Mayotte connaît une véritable colonisation par les Comores. Mutation des fonctionnaires selon leurs opinions politiques, pression fiscale, accaparement des terres par les notables anjouanais. Ces spoliations sont insupportables pour les Mahorais et constituent un germe de révolte.

Le transfert de la capitale de Dzaoudzi à Moroni entraîne le départ de tous les services administratifs. Cette mesure, outre son côté vexatoire, a pour les femmes mahoraises des conséquences graves : départ de tous les fonctionnaires mahorais et métropolitains. Les femmes perdent leurs revenus, leurs emplois… leurs maris. On le voit, les ressorts de l’action ne seront pas seulement politiques, laver l’affront et se venger du mépris, mais aussi économiques.

 

C’est dans ce contexte qu’émerge une personnalité, celle de Zéna M’Déré, maîtresse coranique de retour de Diege-Suarez depuis 1965, alors que Marcel Henry s’est mis en retrait depuis le vote de la loi d’autonomie interne et que Younoussa Bamana a été muté à Anjouan. Elle réussit à lever une « armée » de femmes capables de se mobiliser en quelques heures. Parmi elles des noms sont restés, tels Zéna Meresse, Coco Djoumoi ou Bouéni M’Titi.

 

L’épisode de l’occupation de l’ORTF le 6 février 1967 vaudra à Zéna un bref séjour en prison. Elle comprend à cette occasion que la force n’est pas l’arme des femmes et décide alors d’adapter à Mayotte un supplice malgache non répertorié comme délit : la chatouille.

 

Ca vous chatouille ou ça vous gratouille ?

Le premier chatouillé fut un ministre grand comorien du nom de Mohamed Dahalani. Zéna Meresse raconte : Dès qu’on annonçait un envoyé de Moroni, on l’abordait avec douceur… occupezvous de Mayotte, pourquoi vous nous oubliez… Puis les doigts frétillaient et se mettaient à toucher l’homme médusé, beaux cheveux… Belle cravate … Les mains s’égaraient… L’homme riait d’abord puis se fâchait… On lui retirait sa veste… Et on l’abandonnait dans la poussière.

 

Le Docteur Saïd Mohamed Cheikh, Président du Conseil de Gouvernement, sera à son tour victime du gang des chatouilleuses, il n’échappera à un mauvais sort qu’en se réfugiant à la résidence de l’administrateur et ne pourra gagner l’aéroport qu’en se déguisant lui-même… en femme. Il ne reviendra jamais à Mayotte !

La politique de spoliation foncière va s’accélérer et l’intransigeance de Saïd Mohamed Cheikh ne fera qu’aggraver la rupture, désormais irréversible, entre Mayotte et les autres îles.

 

Les femmes sont maîtresses du terrain, elles ont réussi à faire revenir Marcel Henry dans le jeu politique, celui-ci souhaite leur voir jouer un rôle de premier plan, les jugeant moins sensibles que les hommes aux pressions matérielles ou religieuses. Elles résisteront en effet à une ultime tentative de Moroni pour les renvoyer à leurs marmites lorsque Cheikh Saïd Ali viendra essayer de convaincre les hommes de Mayotte que le Coran impose de renvoyer les femmes à la maison.

 

13 octobre 1969 : Zakia Madi

Ce jour-là les Chatouilleuses se sont donné rendezvous sur la jetée de Mamoudzou pour empêcher le départ d’un notable mahorais convoqué à Moroni. Elles sont nombreuses et déterminées mais les choses tournent mal et l’ordre est donné de tirer sur la foule. Une jeune femme de 25 ans qui n’était pas au premier rang s’effondre, mortellement touchée par une balle perdue ou un éclat de grenade lancée par la garde comorienne. C’est une inconnue du nom de Zakia Madi, fille de la chef de village de Ouangani, elle sera élevée au rang de Chatouilleuse à titre posthume par la vox populi… A chaque combat ses martyrs…

 

Le marché du souvenir

Dans la presse mahoraise du 3 novembre 2014 on peut lire un curieux avis de publicité du conseil général de Mayotte, Direction de la Commande Publique. Objet : Cérémonies en hommage à Zakia Madi et Zéna M’déré. Critère de jugement des offres : Prix 30%, valeur technique 35%... Existe-t-il à Mayotte des sociétés privées spécialisées dans l’organisation d’évènements mémoriels ? Etonnant, non ? il était une fois... Les chatouilleuses Par Jean-Claude PICHARD pour VM Par Jean-Claude PICHARD

Publié par Vivre Mayotte

Vivre Mayotte

À propos de Vivre Mayotte

VM, le magazine feminin de la mode, de la beauté et de toute l’actualité des femmes Mahoraise

Commentaires (0)

Aucun commentaire
Login to post comments