Les boutres

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Les boutres - Vivre Mayotte Magazine

"une culture, une identité et une idéologie résolument maritimes"


L’unité culturelle swahilie
La culture maritime swahilie est née sur un espace étroit, en interface entre la terre et la mer. Le boutre est l’expression de cette culture, à la fois instrument des contacts et des échanges et métaphore de son identité. Navires de charge à coque large, ventrus, à faible tirant d’eau et gréés d’une voile injustement appelée latine, les boutres ont longtemps été les maîtres de l’océan Indien occidental. Chargés de marchandises, ils transportaient aussi une culture, une identité et une idéologie résolument maritimes.

 

Mayotte sur la route des arabes…
Les boutres arabes abordèrent très tôt l’archipel des Comores. A Mayotte la légende rejoint l’histoire avec l’arrivé de l’Arabe (mwarabu) à bord d’un boutre et qui, épousant Matsingo, fonda Tsingoni et introduisit dans l’île l’islam sunnite chafiite. Les arabes, navigateurs et commerçants, utilisaient les boutres pour transporter vivres et esclaves de, ou vers, la côte swahilie. Venus de la côte africaine par ce moyen, les nombreux Macouas peuplèrent l’île dès cette époque.
La traversée n’avait rien de la croisière de luxe ; ces bateaux n’étaient pas pontés et pour les nombreux passagers, l’unique solution consistait à s’installer directement sur la cargaison constituée le plus souvent de poisson sêché et de dattes. La cuisine du bord consistait en une boîte à feu située à l’avant. On transportait également d’autres marchandises comme l’ivoire, l’ambre gris ou la corne de rhinocéros. Les esclaves capturés ou achetés en Afrique furent régulièrement exportés par les boutres persans et arabes.

 

A la manoeuvre…

Le boutre est un navire lourd et peu manoeuvrant, bien que rapide aux allures de largue et de vent arrière. Pourvu la plupart du temps d’une voile unique de grande taille et de forme triangulaire avec une courte chute à l’avant, les djahazis de la région des Comores ont un mât incliné vers l’avant et maintenu pas des haubans en fibre de coco. La voile est ferlée sous la grande antenne avec des brins cassants de façon à pouvoir être établie par un coup sec sur l’écoute lorsque l’antenne est en place. On hisse la grande antenne en tête de mât à l’aide d’un palan à huit brins dont la partie fixe appelé cep de drisse est au centre du navire. Une fois l’antenne hissée, on fait porter la voile et le navire prend de la vitesse. Le voilier peut atteindre les allures de près mais il devra virer vent arrière ou « lof pour lof ». Ces navires aujourd’hui disparus du paysage maritime de notre île possédaient une grâce particulière quand ils évoluaient sous voile.

 

Les derniers boutres de Mayotte
Il y avait encore des boutres à Mayotte dans les années quatre-vingt. Dernier armateur, la famille Foucaut possédait trois de ces bateaux qui étaient à l’échouage sous la pointe Mahabou pendant la saison d’alizé devant l’actuel restaurant le Barfly, alors que la rocade de Mamoudzou n’existait pas encore. Pendant la saison des pluies et de la mousson de nord ils trouvaient refuge dans la rivière de Kawéni. On pouvait voir ces navires à couple des cargos entre Petite et Grande Terre décharger le riz ou le ciment, et parfois des conteneurs. Lourdement chargés, ils arrivaient ensuite sur l’erre au môle de Mamoudzou et c’était alors le ballet des dockers déchargeant à l’épaule des milliers de sacs gris ou blancs. Les équipages participaient à la régate du 14 juillet, l’alizé éparpillait les voiles de boutres et de pirogues pendant toute la matinée, spectacle unique aujourd’hui disparu.

 

Par Jean-Claude PICHARD pour VM

Publié par Vivre Mayotte

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