Alpha Dine : Entre ombre et lumière

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Alpha Dine : Entre ombre et lumière - Vivre Mayotte Magazine Photos : Geoffroy Vauthier

Musicien incontournable de l’île aux parfums, Alpha Dine a mis son talent et son clavier au service de nombreux artistes, et a fait voyager ses influences traditionnelles autour du monde. Rencontre avec un artiste de l’ombre qui a mis en lumière la musique mahoraise.


Alpha DineC’est un homme mince, dont les cheveux tressés soulignent le visage. Il est calme, posé. Une attitude que renforce sa voix presque gênée. Alpha Dine est discret, à l’image des musiciens de l’ombre. Ceux qui accompagnent et jouent le collectif, non le Star System. Cela ne l’empêche pas d’être une figure de Mayotte. En 30 ans de pratique de la musique, il est devenu un musicien incontournable de l’île. Et il n’a pas trainé pour cela. Dès ses 13 ans, pour tout dire : « Mon frère avait des instruments mais il ne voulait absolument pas que je les touche. Alors je jouais en cachette. Un jour, il m’a choppé », rigole-t-il. Pour lui dont les parents jouent de la musique traditionnelle, la tentation était sans doute trop grande. Baigner dans la musique donne des idées. Tant mieux : « Quand je me suis fait surprendre par mon frère, j’ai voulu tout reposer d’un coup mais il m’a arrêté et ma dit de continuer à jouer. Par la suite, il m’a offert un petit clavier à pile. Mon apprentissage a pu commencer. » Une semaine après, il fait sa première scène : « Il manquait alors de claviéristes à Mayotte. Comme j’étais en train d’en devenir un, tout le monde a voulu jouer avec moi. Je faisais les bals poussière, divers concerts… tout ce qu’il se passait sur l’île, j’en faisais partie. » Et Alpha ne fait pas que jouer en groupe : son clavier est devenu une part de lui. Il l’emmène partout. Il en joue partout : « Une sorte de musicien de rue, commente-t-il. Je jouais en attendant la barge par exemple. Je jouais tout le temps. » Il arrête l’école, place désormais à la musique.


Métissage autour du monde
Ses influences sont variées : du funk de James Brown à la musique traditionnelle mahoraise. Et bien d’autres qui lui valent d’intégrer le groupe Demon, avec qui il joue à Anjouan et Moroni, aux Comores. Le grand départ a lieu ensuite. Il rejoint Slim avec qui il part tourner à la Réunion. Il n’en reviendra pas tout de suite. « J’ai décidé de rester là-bas. Il y avait plus de moyens, plus de matériel, et un meilleur niveau », commente-t-il. Il restera sur l’île intense huit ans. Huit ans de musique professionnelle avec divers groupes dont Maperine, un groupe alors phare de l’île. C’est là qu’intervient son souvenir le plus marquant : « Une tournée réunissant Cali, Baco, Princesse Erika passe à la Réunion. Le claviériste ne peut pas jouer et c’est moi qui le remplace. Nous sommes ensuite allés jouer à Mayotte. Je suis revenu ici en ayant franchi un palier. Les gens me disaient « Mais tu parles shimaoré ? Et je répondais que oui, que j’étais d’ici ! »


Le grand tournant aura lieu grâce à Bako, le célèbre chanteur, qui le remarque et l’emmène enregistrer avec lui à Paris son album Mashaka. S’en suivront quatre ans de tournée. C’est un nouveau palier dans sa carrière : « Cela me permettait de voir ce qu’il se faisait ailleurs, de découvrir d’autres horizons. À partir de là, ça a tourné tout seul. » Pain et sa musique métissé, John Meldrum et ses Zongo Ambassadors jouant du rock empreint de musique africaine, M’toro Chamou et sa musique mahoraise, Mikidache, et beaucoup d’autres : Alpha collabore avec de nombreux artistes et groupes. Il tourne, retourne, et tourne encore en Europe et dans l’océan Indien. Sa vie est faite de musique, de voyages, de scènes. Et les États-Unis pointent alors leur nez.

 

Alpha Dine - Vivre Mayotte


« J’étais parti depuis longtemps »
Mais cette tournée, Alpha n’y participera pas. Il la refuse. « J’ai pris conscience que j’étais parti depuis longtemps de chez moi », explique-t-il. Il rentre sur son île aux parfums, mais n’arrête pas pour autant la musique puisqu’il enseigne désormais à l’école de musique pour offrir aux autres ce qu’il n’a pas eu – la chance de suivre des cours -, et accompagne également la quasitotalité des groupes et artistes locaux. Ses seuls regrets résident dans ce qu’il constate désormais : « Aujourd’hui, les jeunes ne s’intéressent plus qu’aux machines pour faire de la musique. Je regrette que l’on apprenne plus l’instrument. Il n’y a plus de relève : plus grand monde n’est prêt à devenir musicien, en étant vraiment musicien, avec l’effort d’apprendre l’instrument. » Plus de motivation donc ? « Non. Il y en a, bien sûr, mais les jeunes le plus motivés le sont surtout dans le rap. C’est très bien, mais c’est une musique qui est moins porteuse de tradition. » Pour le moment, le claviériste phare de Mayotte joue encore, et avec lui les notes qu’il a su imposer dans sa carrière. Profitez-en.

 

Geoffroy Vauthier

Publié par Vivre Mayotte

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