A chacun sa mode

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A chacun sa mode - Vivre Mayotte Magazine Photos: CentUn Helios Image

A 32 ans, Moinarafa possède déjà de nombreux atouts d'une styliste confirmée. Son travail acharné, mêlant à la fois habillement, mode et culture mahoraise l'amène très vite sur les podiums. Rencontre avec une artiste hors pair.

 



La mode est un phénomène qui prend de l'ampleur sur l'île aux parfums. Le salon de la mode le confirme, il a fêté cette année sa 6ème édition. Nous sommes partis à la rencontre d'une icône de la mode mahoraise: Moinarafa Ahmed, qui a d'ailleurs participé elle-même aux deux dernières éditions de ce salon. Après son baccalauréat de littérature, la jeune femme est confrontée à 2 choix d'orientation: soit intégrer une école de stylisme en suivant sa passion pour la mode ou poursuivre des études pour devenir enseignante. "Toute petite, je voulais devenir maîtresse pour partager mon savoir. Je me souviens qu'on avait un tableau à la maison et, durant les vacances, j'apprenais à lire et à écrire à mes cousins", raconte Moinarafa. A l'âge venu, la décision concernant l'orientation a été vite prise. Le coût des études dans une école de mode s'avère excessif. N'ayant pas les moyens financiers, la jeune femme s'oriente alors vers un parcours universitaire. Elle obtient une licence en civilisation et langues étrangères. En parallèle, la jeune artiste a continué de créer, de coudre, de se nourrir de sa passion pour la mode.


Cette jeune femme célibataire est originaire de Mtsamboro, elle y a grandi et est partie à l'âge de 5 ans en métropole à Châteauroux (dans le Berry) jusqu'à l'obtention de son baccalauréat. C'est ensuite dans la ville de Tours que l'étudiante poursuit ses études supérieures.

 

Moina -  Vivre Mayotte


"Je suis autodidacte"



Moinarafa déclare avoir beaucoup appris à travers les ouvrages sur la couture et ses techniques, ou encore les livres d'histoire de la mode, mais aussi à travers divers magasines de mode. Elle a aussi consulté de nombreux blogs, des forums, des tutos sur internet où des passionnés du monde entier partagent leur savoir et leurs astuces. "Je suis autodidacte, je n'ai jamais pris de cours", confie la jeune styliste. Elle nous explique que coudre une tenue pour une cliente est toujours un challenge, la plus grosse partie du travail se déroule sur un mannequin. " Lorsque je peux enfin admirer le résultat, c'est un grand soulagement et beaucoup de satisfaction que de voir le rendu". Son destin était tracé: petite déjà, elle cousait des vêtements pour ses poupées Barbie. Il faut dire aussi qu'elle a fortement baigné dans le milieu, un papa tailleur qui confectionnait les vêtements pour sa fille et une maman passionnée de broderies traditionnelles (résélé, pétadamba…), difficile de ne pas développer cette passion ! Ses premières créations étaient destinées à ses amies, "cela me permettait de m'entraîner et à la fois de leur offrir un cadeau unique et personnalisé. Ce que je continue toujours à faire, d'ailleurs", raconte-t-elle.

 

1er défilé au salon de la mode de Mayotte


Lors du salon de la mode de Mayotte en 2014, Moinarafa a présenté son premier modèle et a eu le privilège et l'honneur de remporter le 2ème prix du concours sur le thème de la mer. Elle a ensuite présenté sa première collection lors de la 6ème édition, l'année suivante. Soit un réel trampoline pour l'artiste puisque cela lui a permis de promouvoir "C Bow", la marque qu'elle a lancée. En outre, c'est un métier créatif qui permet de travailler dans le milieu artistique, ce qui plaît particulièrement à la jeune femme. "La diversité des tâches et des équipes bien souvent "de choc" me donnent réellement envie de continuer dans cette branche et de m'y investir pleinement", souligne la styliste. Son objectif est maintenant de trouver une boutique pour vendre ses créations. Cette jeune mahoraise dynamique a une double casquette : elle est styliste, mais travaille en parallèle en tant qu'assistante de direction dans une société de production audiovisuelle. Pour Moinarafa, c'est une activité très variée, qui permet à la fois de travailler sur le thème de la mixité (homme/ femme, mahorais/métro), mais aussi sur la pratique des langues (français, shimaorais, shibushi, anglais).

 

Moina - Vivre Mayotte

 

"Pour conclure, si je devais renseigner les plus jeunes sur ma profession, ou mon parcours dans sa globalité, c'est d'oser, de foncer, de vivre leur passion ! ", résume t-elle. Pour créer Moinarafa s'inspire de plusieurs stylistes, mais son inspiration lui vient, pour les coupes, des périodes phares de la mode occidentale (de 1900 aux 70s) et, pour les motifs et les couleurs chatoyantes, des tissus traditionnels des régions d'Afrique de l'Est et de l'océan Indien (Wax, lenga, chiromani, salouva broderie). Un bel avenir en perspective pour la jeune styliste mahoraise.


Marine Henquenet

Publié par Vivre Mayotte

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