Les jeunes espoirs de Kawéni construisent leur vie

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Les jeunes espoirs de Kawéni construisent leur vie - Vivre Mayotte Magazine Photos: Geoffroy Vauthier

À Kawéni, derrière la MJC pas encore en activité, un petit terrain accueille bangas traditionnels et potagers. C'est le QG de l'AJKE, l'association des jeunes espoirs de Kawéni, qui vient en aide aux jeunes désœuvrés du quartier et les aides à remettre la tête hors de l'eau. Visite.


L'état d'esprit est écrit partout sur les murs en bois. Dès l'entrée, un "Vivre ensemble" s'affiche aux couleurs de la Jamaïque. Plus loin, c'est un "Bienvenu" et un "Ici le respect avant tout!!!" qui sont inscrits sur les murs. L'association des jeunes espoirs de Kawéni, c'est ça : une leçon de vivre ensemble, mais aussi la preuve qu'avec un peu d'idée, on peut faire beaucoup. Galère ou pas. C'est cette idée qu'essaye de transmettre celui que tout le monde surnomme Rasta, le président de l'association, depuis la naissance du projet en août 2015. Il n'y avait alors rien ici, juste une décharge et un terrain à l'abandon. "Tous les gamins du quartier se réunissaient ici. À la nuit tombée, cet endroit à l'abandon devenait dangereux", explique Rasta. Pire encore : sur la place du Sénat, voisine, des gamins dorment à même le sol. Un lieu fréquenté par les passants. Indigne. "Ça nous a réveillés, reprend-il. On s'est dit qu'on ne pouvait pas laisser dormir des jeunes comme ça, dehors, devant tout le monde." Le projet d'aménager ces lieux symboliques de l'abandon dont est victime la jeunesse des bidonvilles prend alors forme.

Bangas traditionnels et savoir-faire

 

Association AJKE - Kawéni - Vivre Mayotte


"Il nous fallait rester ici, poursuit Rasta, car c'est là que les jeunes du quartier avaient pris l'habitude de se rassembler." Avec deux amis également engagés dans le projet, mais aussi les ados du coin, ils louent donc une tractopelle, et nettoient le terrain de ses immondices. Au fond de celui-ci, ils commencent à aménager un espace de vie et à y construire des bangas traditionnels. Pour occuper cette jeunesse laissée à l'abandon, oui, mais pas seulement. Derrière la simple occupation se cache un message : "Leur montrer que même sans rien, on peut faire quelque chose." Pas besoin d'aller au magasin pour acheter du matériel, la nature nous le donne : feuille de palmiers à tresser, bois à couper : tout est possible. Le chantier démarre. Les gamins du quartier y participent. De ce sol insalubre quelques mois auparavant né un lieu de vie agréable. Au centre, une vaste salle ouverte sur l'extérieur, aménagée de tables et de bancs pour se réunir. Autour, trois bangas plus petits. Le premier pour l'accueil, le second pour les activités artisanales, le troisième pour les activités de peintures et de dessins. Car il ne s'agit pas juste ici de construire pour construire, mais bel et bien d'apprendre à créer des choses.

 

Association AJKE - Kawéni - Vivre Mayotte


Derrière, c'est un potager qui a poussé, toujours dans la même veine : démontrer qu'il n'y pas besoin d'argent pour se nourrir, et qu'il y a toujours quelque chose à faire, même dans la galère.


Sur le côté, les jeunes espoirs construisent actuellement des toilettes sèches pour compléter l'aménagement de cet espace de vie. Devant, une scène a vu le jour. Elle devrait permettre d'accueillir des concerts et spectacles. "Nous recherchons des artistes pour venir jouer ici", annonce Rasta. Avis, donc, à tous ceux qui cherchent un lieu convivial et original où se produire : il y a de la place, et surtout de la bonne volonté. Au-delà des adolescents qui trouvent là de quoi retrouver un but, l'AJKE s'occupe également de plus jeunes enfants. Jeux, activités enfance, mais aussi cours d'alphabétisation s'y donnent pour éviter que les petits ne dérivent à la manière de certains de leurs ainés.

"Ça a changé ma vie"

Moins d'un an après sa naissance, 25 jeunes adhèrent à l'AJKE, auxquels s'ajoutent tous les enfants qui viennent y trouver une occupation. Le tout emmené par une trentaine d'encadrants, bénévoles compris.
Parmi eux, Loukmane, 22 ans, arrivé d'Anjouan en 2012 en kwassa. "Avant de rencontrer l'association, je traînais dans les rues, je tournais en rond. Et puis j'ai participé à leur projet, ça a changé ma vie. Depuis cette année, j'ai passé mon BAFA, et j'espère pouvoir faire de l'animation mon métier à long terme."

 


À 24 ans, Bacar a trouvé aussi un nouveau but grâce à l'AJKE. "Faute de trouver du travail, je me suis mis à traîner, explique-t-il. Venir ici m'a permis d'arrêter et ça m'évite de faire n'importe quoi et d'avoir des embrouilles comme les autres. Je suis devenu une nouvelle personne ici. J'espère que de nombreux autres gamins auront cette chance."


Geoffroy Vauthier

Publié par Vivre Mayotte

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