Nadjima : la passion du patin à l'épreuve de la vie

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Nadjima : la passion du patin à l'épreuve de la vie - Vivre Mayotte Magazine

Nadjima Mahamoud patine depuis maintenant 14 ans. Il y a deux ans, elle gagnait les championnats de France Junior. Une fierté et un exploit pour cette jeune fille, dont la mère est originaire de Mayotte. Déterminée et courageuse, elle travaille chaque jour pour poursuivre son rêve de victoire.

 

"J'ai commencé à patiner vers l'âge de trois ans et demi. J'allais tout le temps accompagner ma sœur à la patinoire. C'est elle qui m'a donné l'envie", raconte Nadjima. Troisième enfant d'une famille de cinq filles, c'est dans les pas de sa grande sœur que Nadjima s'est formée. "Elle s'est mise à pleurer, elle voulait absolument y aller", se rappelle sa mère, Sabina Antagahi. Forcée par sa jeune progéniture, elle inscrit donc sa fille au club de patinage de leur ville. C'est à cet instant que la magie opère, Nadjima ne quittera plus jamais ses patins. "J'ai tout de suite adoré, et un entraineur a convaincu ma mère qu'il fallait que je continue".

Elle  débute alors sa formation à Aubagne, puis à Rennes, mais c'est à Annecy qu'elle prendra ses marques. Le patin, chez les Mahamoud, est  une histoire de famille "Cela a été compliqué car sa sœur, elle, a arrêté le patin il y a trois ans " confie sa maman. Un évènement qui n'a pas empêché la famille de rester soudée. "Dès son plus jeune âge, Nadjima a été complètement emportée par l'univers du patinage. Elle n'est jamais retournée à Mayotte depuis ses quatre ans, car cela lui prenait tout son temps" explique Sabina.  Depuis cet âge-là en effet, la jeune fille ne compte pas ses heures, elle sait ce qu'elle veut et vise le plus haut. Le milieu sportif du patinage à niveau national est des plus difficiles. Un milieu ultra compétitif où la bienveillance entre concurrentes est rare. "On a essayé de la casser" explique Sabina. La patineuse doit  encaisser des remarques blessantes et racistes de la part des autres mamans du club. "Le patinage est un sport de blanc et de riches" se désole la maman qui regrette les inégalités entre les compétitrices et le mauvais esprit des concurrentes et de leur famille.  Les insultes ont été très dures à encaisser pour la toute jeune fille,  mais cela l'a poussé à  redoubler d'efforts.

 

Un rythme effréné

Malgré les difficultés, la jeune sportive s'accroche, et travaille d'arrache-pied. A l'époque, elle n'a quasiment pas de vacances, seulement quatre jours à Noël et une semaine en été. Un rythme bien éloigné des jeunes de son âge "A Annecy, j'avais plusieurs amis qui faisaient du sport comme moi, donc ça allait, et le lycée aussi comprenait très bien", explique-t-elle. Sa vie est uniquement tournée autour du patin et pendant sept ans, elle travaille matin, midi, soir, tous les jours de la semaine. Aujourd'hui, Nadjima  a un peu ralenti le rythme. Elle travaille au Club Olympique de Courbevoie (COC) tout l'après-midi. Là-bas, elle répète une chorégraphie toute l'année, qu'elle travaille avec son coach et une chorégraphe. C'est cette chorégraphie qu'elle présente aux différentes compétitions. Mais si certaines figures restent imposées, la patineuse ajoute toujours sa touche personnelle."En ce moment je prépare un programme libre et un programme court : j'ai choisi Alicia Keys et Burlesque comme musique pour m'accompagner" s'amuse-t-elle.

 

 

L'âge d'or

C'est en 2014 que Nadjima atteint la consécration. Le 1er Mars 2012, la veille de ses 15 ans, elle décroche la médaille d'or au Championnat de France junior. Mais elle n'en reste pas là, puisqu'en plus de la première place du podium, elle bat le record de France de la catégorie "patinage individuel dames junior", avec 144,01 points. Un record qu'elle conserve encore à l'heure actuelle : "C'était un de mes meilleurs souvenirs en patinage", se remémore-t-elle, encore très fière de sa prestation. Mais depuis juillet 2016, tout à changé. La famille, d'un commun accord, décide de déménager à Paris, pour accompagner Nadjima. A pas tout à fait 18 ans, Nadjima souhaitait partir toute seule à la capitale. Mais c'est finalement toute sa famille qui l'a accompagnée. "J'ai de la chance d'avoir une famille comme ça" confie-t-elle. Une famille qui l'épaule, la soutient. "Je l'accompagne à toutes ses compétitions, sauf lorsqu'elles sont à l'étranger", avoue sa mère. Très intégrée dans son club d'Annecy, son départ pour Paris est un nouveau défi.  Son niveau de patinage stagnait trop selon elle à Annecy, et c'est à Paris que les juges internationaux de la Fédération se trouvent. Nouvel entraineur, nouvelle ville, autant d'éléments qui déstabilisent la patineuse. "C'est toujours difficile de changer de coach" avoue-t-elle. En bac professionnel, la jeune lycéenne fait ses études de chez elle. "Le bac général était trop prenant, j'aime bien les études, mais je préfère 1000 fois plus patiner que travailler pour le lycée". Un choix de vie total, puisqu'elle n'envisage rien d'autre que le patin.

 

 

Les difficultés financières

Mais, si la volonté de Nadjima reste intacte, les soucis financiers entament son moral. A 2000 euros le costume et un peu plus de 5000 euros le stage d'été d'un mois et demi, le patinage est un sport qui coûte cher. Des dépenses exorbitantes pour cette maman de famille nombreuse. "Le patinage est vraiment un sport qui coûte très cher, je fais ce que je peux pour aider ma fille", explique-t-elle avant d'ajouter "Heureusement que son oncle l'aide". Son oncle est en effet l'un de ses sponsors. Avec son restaurant Chez Cousin à Mamoudzou, il  soutient financièrement la jeune fille depuis Mayotte. Les subventions de la Fédération n'étant plus suffisantes, la famille doit compter sur l'aide du conseil général. Mais tout fraichement arrivés, ils manquent encore un peu de repères. "Pour une année à 20 000 euros de frais, la Fédération n'a remboursé que 2000 euros, c'est rien", s'énerve la maman.

 

 

Un mental qui ne lâche jamais

Mais la jeune fille reste toujours aussi motivée. Elle avoue d'ailleurs n'avoir aucun véritable mauvais souvenir lié à l'exercice du patin "Je ne sais pas trop comment l'expliquer, Je n'ai pas de mauvais souvenirs, car je suis toujours en train d'apprendre, je ne peux pas être déçue, je prends tout ce qu'il y a à prendre" précise-t-elle. Nadjima continue donc les compétitions aux quatre coins du monde. Et après un florilège de compétitions nationales, elle est partie cette année pour des compétitions à Abou Dhabi, en Italie, à Zaghreb. Une patineuse l'inspire depuis toujours : Surya Bonaly. Patineuse française, originaire de La Réunion, neuf fois championne de France. Elle est la créatrice de son propre mouvement : la Bonaly. Un modèle pour Nadjima qui rêve d'aller comme elle au sommet des compétitions européennes et mondiales.

 

Catherine Saliceti

 

 

 

Publié par Vivre Mayotte

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